Parution - Les grandes questions d'économie contemporaine

31.08.2007

Parution d'un nouvel ouvrage d'Alain Bienaymé (EURISCO), publié aux Editions Odile Jacob en septembre 2007.

Q. À quelle intention répond ce livre ?

R. Montrer à quel point le monde d’aujourd’hui diffère de celui des années 1945-1960 comme de celui du nouveau siècle, non seulement dans les faits, mais sous le regard et dans le discours que les économistes portent sur lui.

Q. La technologie dont Internet est le produit phare en est-elle la cause ?

R. En apparence oui. Mais la science économique a opéré une mutation plus ancienne et bien plus profonde en reconnaissant à l’information un rôle stratégique qui fut autrefois attribué au blé, puis à l’acier et au pétrole. Cette mutation dont Hayek fut le précurseur a réellement commencé dans les années 1970. Contrairement au blé ou au pétrole, l’information est une ressource qui agit de l’intérieur : elle pénètre les esprits, imprègne les relations économiques et irrigue les sociétés par de nombreux canaux. Le livre en donne la démonstration à travers les principaux thèmes de la science économique (marchés , entreprise, finance, État, croissance, mondialisation, développement, écologie, économie fondée sur la connaissance, etc..

Q. En quoi la prise en compte de l’information des acteurs modifie-t-elle le regard de l’économiste sur la société?

Les économistes raisonnaient autrefois sur un modèle de société parfaite : une société régie par les mécanismes de pur marché et au sein de laquelle l’information était censée circuler sans obstacle, ni exclusive d’aucune sorte. Puis la crise des années 1930 ayant rendu évidentes les défaillances du marché, les économistes ont concentré leur attention sur l’intervention correctrice des États. Le développement exponentiel des études contemporaines d’économie appliquée les familiarise avec les imperfections des marchés et de l’action publique. Par ailleurs les individus se comportent vis-à-vis de l’incertitude, du risque et de l’information d’une manière qui incite à reconsidérer la dimension éthique de l’économie.

Q. En quoi l’éthique interfère –t-elle avec l‘économie ?

R. En ceci que, dans notre monde très socialisé, les actes accomplis ne sont pas toujours directement observables, alors qu’ils répondent à une variété de motivations qui ne sont pas toujours compatibles avec la bonne vie en société. En particulier, le privilège que certaines informations confèrent à leurs détenteurs peut servir à satisfaire leurs intérêts personnels sans souci de la mesure, ni des conséquences qu’elles entraînent à plus ou moins long terme sur autrui. Les performances économiques du monde contemporain ne sont pas spontanément en harmonie avec l’impératif de solidarité humaine.