Norbert Alter présente son dernier livre : "Donner et prendre, la coopération en entreprise"

06.05.2009

Professeur à l’Université Paris-Dauphine et co-directeur du Master « Management, travail et développement social », Norbert Alter, spécialiste de la sociologie du monde du travail, présente son dernier ouvrage « Donner et prendre, la coopération en entreprise », paru aux éditions La découverte.

Ce livre aborde l'une des énigmes du monde du travail: la coopération. Tous les observateurs constatent qu'elle est nécessaire au bon fonctionnement des entreprises mais qu'elle repose sur la "bonne volonté" des opérateurs. La coopération ne s'explique en effet ni par l'intérêt économique, ni par la qualité des procédures, ni par les cultures de métier. Elle repose largement sur la volonté de donner, parce que donner permet d'échanger et qu'échanger permet d'exister en entreprise. Ce livre aborde également l'un des paradoxes centraux de la gestion: les entreprises acceptent mal ces pratiques qui sont pourtant productrices d'efficacité. Elles les interdisent parfois durablement, les tolèrent plus souvent, mais elles ne les "reconnaissent" pas, ne les célèbrent pas.

 

Ce livre répond ainsi directement aux questions posées par la "crise du travail" actuelle (malaise, risques psycho sociaux, désengagement, comportements "utilitaires"). Mais, surtout, il analyse ce qui fonde cette crise: la coopération est une donnée centrale des entreprises dites "modernes", mais les fondements de la coopération demeurent archaïques. Coopérer suppose en effet de créer des liens sociaux, par l’intermédiaire desquels circulent des biens, des informations, des services, des symboles, des rites ou des émotions, comme circulaient les dons dans les sociétés « primitives ».

 

Mais, hier comme aujourd’hui, ces échanges ne peuvent être réduits à une série de comportements altruistes et pacifiques : donner représente également le moyen d’obliger, d’obtenir, de trahir ou de prendre. Et ce « commerce » se réalise au nom d’un tiers, qu’il se nomme métier, mission, projet, réseau ou entreprise. Celle-ci tire donc parti de cette ingéniosité collective qui se donne à elle, permettant le changement et le mouvement. Pour autant, loin de reconnaître ces générosités, elle dénie l’existence du don et privilégie les modes de gestion « modernes », qui préfèrent que salariés et employeurs soient quittes, plutôt que mutuellement endettés.

 

Norbert Alter aboutit ainsi à la mise en évidence d’un phénomène paradoxal, qui prend à rebours les discours du management ordinaire : le problème des organisations ne consiste pas à « mobiliser les salariés », mais à tirer parti de leur volonté de donner.